Tatouage cornéen : la tendance esthétique qui inquiète les ophtalmologistes
Par Frank Landymore .Publié le
2026/07/02 06:31
Juin. 02, 2026
Les milieux médical et esthétique sont au cœur d’une controverse croissante en raison de l’essor d’une intervention chirurgicale qui promet de modifier de façon permanente la couleur des yeux. Si cette procédure séduit les personnes souhaitant transformer leur apparence, de nombreux ophtalmologistes et organisations médicales de premier plan mettent en garde contre les incertitudes qui subsistent quant à sa sécurité à long terme et alertent sur des complications potentielles susceptibles, dans de rares cas, d’altérer gravement la vision.
L’intervention, largement popularisée sur les réseaux sociaux, est appelée kératopigmentation annulaire assistée par laser femtoseconde (Femtosecond Laser-Assisted Annular Keratopigmentation, FLAAK) et est plus connue sous le nom de « tatouage cornéen ».
Cette technique a été perfectionnée et popularisée par l’ophtalmologiste français Francis Ferrari, qui a ouvert en 2019 une clinique spécialisée dans cette procédure à des fins esthétiques. Depuis, elle suscite un vif débat au sein de la communauté médicale.
Parmi les principales objections formulées par les spécialistes figurent les suivantes :
Mises en garde des experts : l’Académie américaine d’ophtalmologie (AAO) a publié deux communiqués déconseillant cette intervention lorsqu’elle est pratiquée à des fins purement esthétiques.
Absence d’approbation de la FDA : la procédure n’a pas été approuvée par la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis pour un usage esthétique, faute de preuves suffisantes concernant sa sécurité et son efficacité à long terme.
Comment se déroule l’intervention ?
Contrairement à ce que beaucoup imaginent, la chirurgie ne modifie pas directement l’iris. Elle crée un effet visuel en déposant des pigments dans la cornée, ce qui masque partiellement la couleur naturelle de l’œil.
L’intervention comprend plusieurs étapes :
Anesthésie locale : une anesthésie est administrée afin d’éviter toute douleur pendant l’opération.
Création d’un microtunnel : un laser femtoseconde réalise un tunnel d’une très grande précision à l’intérieur de la cornée.
Préparation du canal : le chirurgien élargit soigneusement cet espace afin de permettre une répartition homogène du pigment.
Application du pigment : à l’aide d’un instrument breveté développé par Francis Ferrari, les pigments sont injectés dans le tunnel cornéen jusqu’à obtenir la teinte souhaitée, qu’elle soit bleue, verte, couleur miel ou d’une autre nuance.
Une facture très lourde : les médecins mettent en garde contre des dommages permanents
La principale inquiétude des spécialistes tient au fait que cette intervention modifie la cornée, le tissu transparent responsable d’une grande partie du pouvoir de focalisation de l’œil et l’une des structures les plus délicates du système visuel.
La Dre Amita Vadada, porte-parole clinique de l’Académie américaine d’ophtalmologie, souligne qu’il n’existe toujours pas d’études indépendantes à long terme permettant de connaître avec certitude le comportement des pigments utilisés ni leurs effets sur le tissu cornéen.
Selon cette spécialiste, des interrogations persistent quant à d’éventuelles complications, telles que des inflammations, des cicatrices permanentes, une hypersensibilité à la lumière, des douleurs chroniques et, dans certains cas, une détérioration de la vision.
L’obsession esthétique face à la médecine
De son côté, Francis Ferrari affirme que, lorsque l’intervention est réalisée par des chirurgiens expérimentés, le profil de sécurité de la technique FLAAK est comparable à celui de procédures largement pratiquées, comme la chirurgie LASIK.
L’ophtalmologiste soutient également que de nombreuses personnes ont recours à cette intervention en raison de l’impact psychologique profond que peut avoir la couleur de leurs yeux. Dans une déclaration accordée au New York Times, il a affirmé :
« Certaines personnes éprouvent une véritable souffrance psychologique. L’idéal serait d’accepter la couleur naturelle de ses yeux, mais certains patients n’y parviennent pas et souffrent d’une importante perte de confiance en eux. »
L’Académie américaine d’ophtalmologie estime toutefois qu’il n’existe pas encore d’études scientifiques indépendantes démontrant pleinement la sécurité de cette procédure à long terme.
Alors que le désir de modifier son apparence alimente l’intérêt pour cette chirurgie, la communauté médicale rappelle qu’il s’agit d’une intervention esthétique permanente dont les risques n’ont pas encore été entièrement élucidés. Pour de nombreux spécialistes, compromettre la santé visuelle au nom d’un changement esthétique demeure un prix beaucoup trop élevé.
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