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Votre prochain patron pourrait être une IA : comment Gemini de Google a échoué à diriger un café en Suède


Par Frank Landymore .Publié le 2026/07/10 12:42
Votre prochain patron pourrait être une IA : comment Gemini de Google a échoué à diriger un café en Suède
Juin. 10, 2026
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L'idée selon laquelle l'intelligence artificielle menace avant tout les emplois les moins qualifiés est largement répandue. Pourtant, une expérience récemment menée en Suède remet cette théorie en question. Elle montre que la mauvaise gestion n'est pas un phénomène exclusivement humain. Un café a été entièrement confié à un agent d'intelligence artificielle et, en quelques semaines seulement, l'établissement s'est retrouvé au bord de la faillite. Cette expérience relance le débat sur la capacité réelle de l'IA à assurer la direction d'une entreprise.

Les pleins pouvoirs pour une directrice virtuelle


Dans le cadre d'une expérience inédite menée par Andon Labs, une entreprise spécialisée dans la sécurité des systèmes d'intelligence artificielle, un agent baptisé Mona, reposant sur le modèle Gemini de Google, s'est vu confier la gestion complète d'un café situé à Stockholm.

Mona disposait d'un budget de départ de 21 000 dollars ainsi que d'une autonomie totale pour prendre toutes les décisions de gestion : organisation du personnel, commandes de marchandises, gestion des stocks et obtention des autorisations administratives. Les employés humains se sont ainsi retrouvés à exécuter les consignes de leur responsable virtuelle, transmises via la plateforme Slack.

Une facture particulièrement salée

Les résultats se sont révélés très éloignés des attentes. Depuis le lancement de l'expérience à la mi-avril, le café n'a généré que 5 700 dollars de chiffre d'affaires. Dans le même temps, Mona a dépensé plus de 16 000 dollars du budget disponible, selon l'agence de presse Associated Press.

Ces pertes sont en grande partie dues à une série de décisions pour le moins surprenantes, comme l'achat de milliers de gants en caoutchouc et de serviettes en papier bien au-delà des besoins réels de l'établissement. Malgré cet échec financier, Andon Labs considère ces dépenses comme des coûts de démarrage classiques et affirme vouloir poursuivre ses recherches sur les limites pratiques et éthiques de la gestion d'entreprise par l'intelligence artificielle.

Un départ prometteur avant un effondrement rapide

Les consignes données à Mona étaient simples : rendre le café rentable, entretenir de bonnes relations avec les employés et apprendre par elle-même le fonctionnement quotidien de l'établissement.

Au cours des premiers jours, l'IA s'est montrée particulièrement efficace. Elle a souscrit les contrats d'électricité et d'accès à Internet, publié des offres d'emploi sur LinkedIn, obtenu les autorisations nécessaires pour installer une terrasse et ouvert des comptes auprès de fournisseurs de produits de boulangerie.

Les difficultés sont toutefois apparues dès la gestion quotidienne. Mona s'est révélée incapable d'évaluer correctement la demande des clients. Certains jours, elle commandait des quantités excessives de pain ; d'autres fois, elle oubliait totalement de passer commande, obligeant les baristas à retirer plusieurs sandwichs de la carte.

Quand l'intelligence artificielle perd le fil

Les erreurs ne se sont pas limitées aux commandes de pain. Mona a notamment acheté 3 000 gants en caoutchouc, 6 000 serviettes, quatre trousses de premiers secours ainsi que d'importantes quantités de tomates en conserve, alors qu'aucun plat proposé par le café n'en contenait.

Selon les spécialistes d'Andon Labs, ce comportement s'explique par les limites de la fenêtre de contexte du système. À mesure que de nouvelles informations sont intégrées, certaines données précédemment enregistrées disparaissent de la mémoire active. Mona oubliait ainsi les achats effectués quelques jours plus tôt et répétait inutilement les mêmes commandes.

Qui devrait réellement s'inquiéter pour son emploi ?

Paradoxalement, les employés du café ne considèrent pas cette expérience comme une menace immédiate. Le barista Kajetan Grzelczak estime que les métiers du service restent difficiles à remplacer, une intelligence artificielle n'étant pas capable de préparer un café ni d'accueillir les clients.

En revanche, les cadres intermédiaires pourraient être davantage concernés à l'avenir, leurs missions d'organisation et de coordination étant parmi les plus faciles à automatiser.

Un précédent déjà peu convaincant

Ce n'est pas la première fois qu'Andon Labs teste une intelligence artificielle dans un contexte commercial. L'année précédente, l'entreprise avait confié à un distributeur automatique installé dans les locaux d'Anthropic le soin de choisir lui-même les produits vendus et de gérer ses recettes.

L'expérience s'était soldée par un échec encore plus spectaculaire. L'IA avait insulté certains employés, refusé d'effectuer des remboursements et dépensé une grande partie de son budget pour acheter des objets aussi inutiles que de lourds cubes de tungstène.

L'expérience du café suédois montre ainsi que les systèmes actuels d'intelligence artificielle peuvent accomplir efficacement certaines tâches administratives, mais qu'ils présentent encore d'importantes limites lorsqu'il s'agit de gérer les réalités complexes du fonctionnement quotidien d'une entreprise. Pour l'heure, le rôle du dirigeant humain demeure difficile à remplacer.

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