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Comment le Panoptique de la surveillance par IA réécrit les règles du roman policier


Par Frank Landymore .Publié le 2026/08/10 10:55
Comment le Panoptique de la surveillance par IA réécrit les règles du roman policier
Août. 10, 2026
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Les caméras Flock dopées à l’intelligence artificielle surveillent désormais pratiquement chaque recoin des villes, tandis que des courtiers en données vendent à des organismes gouvernementaux de gigantesques dossiers détaillés sur des individus, sans parler des réseaux privés de vidéosurveillance au sein desquels des voisins espionnent leurs voisins, délibérément ou à leur insu, grâce aux caméras installées sur les sonnettes des habitations.

Ce scénario inquiétant constitue sans aucun doute un cauchemar pour tous les défenseurs de la vie privée. Mais à l’ère du Panoptique numérique, il représente également un défi inédit pour les auteurs de romans policiers et de thrillers, au point de devenir pour eux une source permanente de casse-tête.

La fin des vieilles ficelles

L’époque où un criminel de fiction pouvait simplement mettre une fausse moustache et un chapeau pour dissimuler son identité et échapper à la justice est définitivement révolue. Tout comme celle où il suffisait d’effacer ses empreintes digitales d’une arme et de la laisser ensuite de manière à faire croire à un suicide.

Pour que leurs histoires restent crédibles et ancrées dans la réalité, les auteurs de romans policiers doivent suivre au plus près l’évolution vertigineuse des technologies modernes de surveillance, presque comme le ferait un criminel professionnel. Celui qui omet d’intégrer à son intrigue la présence omniprésente de la surveillance numérique risque inévitablement de perdre la confiance de ses lecteurs et, avec elle, la crédibilité de son récit.

Samantha Downing, autrice du thriller à succès « Too Old for This », souligne ce point dans un entretien accordé au Mercury News : « Les lecteurs ne vous laisseront pas passer cela. Si vous écrivez une histoire de meurtre, vous devez tenir compte de toutes ces choses. Personnellement, j’essaie de les utiliser à mon avantage, même si ce serait plus facile si elles n’existaient pas. »

Dans son roman « Too Old for This », publié en 2025, Downing fait précisément de cette tension un élément central de l’intrigue. La protagoniste, une tueuse en série de 75 ans, déploie des efforts conscients et considérables pour échapper aux dispositifs modernes de surveillance. Elle va notamment jusqu’à dissimuler sa plaque d’immatriculation afin d’éviter le vaste réseau de caméras capables de lire et d’enregistrer les plaques.

Downing explique au journal : « Lorsqu’elle s’apprête à commettre un crime, elle laisse son téléphone derrière elle et s’est laissé un petit mot pour lui rappeler : “Laisser le téléphone”... parce qu’elle a 75 ans et qu’elle oublie généralement les choses. »

La technologie, une arme à double tranchant

L’auteur de romans policiers Mark Coggins – ancien ingénieur logiciel au sein d’entreprises renommées de la Silicon Valley telles que Mozilla, Netscape et HP – s’appuie au contraire sur son parcours technologique pour explorer la manière dont ces mêmes technologies peuvent être détournées afin de faciliter la commission de crimes.

Coggins explique au journal avoir décrit dans l’un de ses romans « comment un technologue tue un autre technologue et utilise des deepfakes générés par l’IA pour faire porter la responsabilité à un tiers ».

Il se dit également très préoccupé par les risques de détournement des technologies de surveillance contre les manifestants et les militants. Il imagine même un scénario futur dans lequel un enquêteur courageux tenterait d’innocenter une personne injustement accusée d’un crime par des systèmes de surveillance numérique.

Les signes d’abus graves liés à cette nouvelle génération de caméras de surveillance intelligentes se multiplient. Des cas documentés par The Washington Post montrent qu’au moins 50 policiers aux États-Unis ont été accusés d’avoir détourné des caméras de lecture automatique des plaques d’immatriculation, comme le système Flock, pour suivre et harceler des femmes.

Ces caméras sont précisément devenues un foyer de contestation publique. Elles symbolisent le malaise croissant de la population face à l’expansion incontrôlée de la surveillance. Dans le même temps, des responsables locaux font preuve d’une détermination remarquable à maintenir cette technologie malgré une forte opposition du public.

Coggins résume ainsi le sentiment oppressant suscité par le Panoptique moderne : « On a le sentiment que le nœud coulant se resserre lentement à mesure que toutes ces évolutions progressent. »

Pour les auteurs, il reste toutefois un autre défi, moins spectaculaire mais tout aussi exigeant : la nécessité de mener des recherches permanentes afin de comprendre réellement le fonctionnement de systèmes de surveillance toujours plus complexes.

L’auteur de romans policiers Tim Maleeny en tire une conclusion essentielle. Il déclare au journal : « En tant qu’auteur, il faut faire ses devoirs et chercher en permanence à entrer en contact avec des experts qui maîtrisent le sujet. »

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