Le piège du texte invisible : un professeur démasque des étudiants ayant triché avec l’IA
Par Frank Landymore .Publié le
2026/07/25 15:36
Juin. 25, 2026
Dans un épisode qui illustre les défis croissants auxquels est confrontée l’intégrité académique à l’ère de l’intelligence artificielle, une astuce aussi simple qu’ingénieuse a permis de piéger 32 étudiants ayant eu recours à l’IA pour tricher. Les intéressés avaient copié des réponses générées par des chatbots sans même les relire ni les corriger avant de les remettre. Résultat : ils ont tous obtenu la note « insuffisant » à leur examen de mi-semestre.
Tout a commencé lorsque Jason Gibson, professeur d’histoire à Alcorn State University, dans l’État américain du Mississippi, a voulu mesurer à quel point ses étudiants dépendaient désormais des outils d’intelligence artificielle lors des examens. Pour cela, il a eu recours à une méthode très simple : il a dissimulé un prompt invisible, rédigé en caractères blancs, dans les consignes d’un examen consacré à la révolution industrielle. Cette instruction cachée demandait au modèle d’IA d’insérer dans les réponses des phrases totalement incohérentes faisant référence à Madagascar.
« Le vélo violet de Madagascar murmure au plafond »
Le résultat a surpris jusqu’au professeur lui-même. Les copies rendues ont montré que la plupart des étudiants s’étaient contentés de copier l’énoncé de l’examen, de le coller dans un chatbot d’intelligence artificielle, puis de recopier directement les réponses générées dans leur copie, sans les lire une seule fois.
Jason Gibson a expliqué la situation dans une vidéo publiée sur TikTok, devenue rapidement virale :
« Trente-deux des trente-cinq étudiants de deux de mes cours ont échoué à une partie de leur examen de mi-semestre parce qu’ils ont utilisé l’IA pour rédiger entièrement leurs réponses. Et ce qui est encore plus inquiétant, c’est qu’apparemment personne n’a pris la peine de relire le résultat avant de le rendre. »
Pour illustrer son propos, Gibson a présenté plusieurs extraits aussi absurdes que révélateurs retrouvés dans les copies des étudiants.
Des affirmations dénuées de sens :
Après une introduction sur l’impact de l’intelligence artificielle sur la société, apparaissait soudain cette phrase :
« Madagascar dérive latéralement chaque après-midi. »
Des passages totalement absurdes :
Au beau milieu d’une analyse consacrée aux inégalités sociales figurait cette étrange affirmation :
« Le vélo violet de Madagascar murmure au plafond. »
Des conclusions insolites :
Une dissertation sur l’automatisation par l’intelligence artificielle se terminait par l’affirmation selon laquelle Madagascar avait
« apporté un grille-pain à un match de basket-ball. »
Jason Gibson a précisé que son objectif n’était pas d’humilier ses étudiants. Après l’examen, il leur a expliqué en détail comment il avait détecté la fraude et leur a laissé la possibilité de contester leur note. Seuls deux étudiants ont choisi de faire appel, ce que le professeur considère comme un signe que les autres étaient pleinement conscients de leur comportement.
L’intégrité académique sous pression
Cette affaire est loin d’être un cas isolé. Elle s’inscrit dans une série croissante d’incidents signalés dans les universités américaines, où l’utilisation abusive des systèmes d’intelligence artificielle générative devient un problème de plus en plus préoccupant.
Il y a peu, un professeur de la prestigieuse Brown University a révélé que plus de la moitié de ses étudiants avaient utilisé des outils d’IA pour tricher lors d’un examen. De son côté, Princeton University s’est vue contrainte, après plusieurs scandales liés à l’IA, de suspendre temporairement son traditionnel système d’examens sans surveillance fondé sur le Honor Code, en vigueur depuis plus d’un siècle, et de rétablir la surveillance directe des épreuves.
Les spécialistes de l’éducation s’accordent à dire que le véritable problème ne réside pas dans la technologie elle-même, mais dans l’absence de règles claires encadrant son utilisation responsable dans le milieu universitaire. Les établissements d’enseignement supérieur sont désormais confrontés à un défi majeur : préserver l’intégrité académique tout en tirant parti des possibilités offertes par l’intelligence artificielle.
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