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Intelligence artificielle : du moteur de l’innovation à l’outil des groupes extrémistes


Par Victor Tangermann .Publié le 2026/07/13 03:35
Intelligence artificielle : du moteur de l’innovation à l’outil des groupes extrémistes
Juin. 13, 2026
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Longtemps présentée comme une technologie clé pour stimuler la productivité, l’innovation et la croissance économique, l’intelligence artificielle révèle désormais, en 2026, son visage le plus sombre. Les mêmes systèmes conçus pour favoriser le progrès sont de plus en plus détournés à des fins criminelles, qu’il s’agisse de la création de deepfakes pornographiques sans consentement, de la surveillance permanente des salariés ou encore du soutien à des organisations extrémistes. Dans le même temps, l’automatisation accélérée bouleverse profondément le marché du travail et exerce une pression croissante sur les professionnels les plus expérimentés.

Des millions de deepfakes mettent les géants de la tech sous pression


Plusieurs grands groupes technologiques, parmi lesquels xAI, l’ancienne entreprise d’intelligence artificielle d’Elon Musk, font désormais face à des recours collectifs. Les plaignants leur reprochent d’avoir développé des outils d’IA capables de produire des deepfakes pornographiques d’un réalisme saisissant ainsi que des images dites « Nudify », permettant de déshabiller numériquement une personne sans son consentement.

Les critiques dénoncent également l’accès limité des autorités judiciaires aux données techniques indispensables pour identifier les auteurs de ces contenus.

Des documents judiciaires montrent en outre que de nombreux dispositifs de sécurité restent défaillants. Plusieurs modèles ne détectent de manière fiable les contenus manipulés ou à caractère sexuellement explicite — y compris ceux impliquant des mineurs — que lorsque les requêtes sont particulièrement explicites. Selon les organisations spécialisées dans la lutte contre les violences numériques, des millions d’images intimes non consenties sont désormais générées. Statistiquement, une nouvelle image apparaît presque chaque minute.

Les entreprises sont également accusées de renforcer trop lentement leurs mécanismes de protection tout en privilégiant le lancement de nouvelles fonctionnalités payantes. Parallèlement, certains fournisseurs refusent de transmettre aux autorités des données d’identification techniques, telles que les adresses IP, compliquant les enquêtes internationales et aggravant les conséquences pour les victimes.

Le salarié sous surveillance permanente

Les dérives de l’intelligence artificielle ne se limitent plus aux violences numériques. Elles transforment également en profondeur le monde du travail. Les nouveaux systèmes de surveillance fondés sur l’IA transforment progressivement les salariés en employés sous observation permanente.

L’un des exemples les plus marquants est la fonction Workplace Check-in de Microsoft Teams, qui permet aux entreprises de localiser leurs collaborateurs grâce aux réseaux Wi-Fi internes.

Officiellement, cette fonctionnalité est facultative et désactivée par défaut. Toutefois, des spécialistes du droit du travail soulignent que, dans des organisations fortement hiérarchisées, les salariés disposent rarement d’une véritable liberté de refus. Les plateformes collaboratives numériques pourraient ainsi évoluer vers de véritables outils de surveillance continue, avec des conséquences majeures pour la protection de la vie privée et des données personnelles sur le lieu de travail.

L’IA fragilise aussi les professionnels expérimentés

L’intelligence artificielle redessine également les équilibres du marché de l’emploi. Contrairement à une idée largement répandue, les effets de l’automatisation ne touchent pas uniquement les jeunes actifs. Les travailleurs expérimentés exerçant des métiers intellectuels figurent eux aussi parmi les plus exposés.

C’est la conclusion d’une étude menée par le Center for Retirement Research du Boston College, sous la direction de l’économiste Geoffrey Sanzenbacher. Les développeurs de logiciels, les comptables et les commissaires aux comptes figurent parmi les professions les plus concernées, alors qu’elles étaient jusqu’à récemment considérées comme relativement protégées face à l’automatisation.

Selon les chercheurs, le nombre de programmeurs âgés de plus de 55 ans quittant le marché du travail a progressé de plus de 25 %, tandis que cette hausse atteint environ 22 % chez les comptables. Les auteurs de l’étude estiment qu’il s’agit moins d’un choix de départ anticipé à la retraite que d’une conséquence de la rapidité des mutations technologiques, auxquelles de nombreux salariés peinent à s’adapter. Cette évolution crée un double phénomène d’éviction sur le marché du travail : les jeunes rencontrent davantage de difficultés pour décrocher un emploi, tandis que des professionnels expérimentés perdent leur poste.

Les groupes terroristes exploitent les failles de l’IA

Les informations concernant l’utilisation de l’intelligence artificielle par des organisations extrémistes suscitent une inquiétude particulière. Selon plusieurs experts en sécurité, des groupes tels que l’organisation État islamique (EI) ou Boko Haram utilisent désormais l’IA générative pour soutenir leurs activités.

La spécialiste en sécurité Antonia Julisch, qui a interrogé d’anciens membres d’organisations extrémistes, affirme que certains groupes ont déjà créé des unités spécialisées dans l’intelligence artificielle. Grâce à des techniques connues sous les noms de prompt injection et de jailbreak, ils parviennent à contourner les dispositifs de sécurité de certains modèles en présentant leurs demandes comme des recherches scientifiques ou des idées de scénarios.

D’après les conclusions de l’experte, certains modèles ont fourni des informations détaillées sur l’optimisation de mélanges explosifs, la réparation d’armes, la planification tactique d’attentats ainsi que la fabrication de substances chimiques toxiques.

Conclusion

Le développement de l’intelligence artificielle constitue aujourd’hui l’un des plus grands défis réglementaires auxquels sont confrontés les pouvoirs publics et les sociétés. Des technologies autrefois perçues comme des moteurs d’innovation et de croissance deviennent également des facteurs de risque pour la sécurité, soulevant des questions fondamentales sur la responsabilité, le contrôle et les limites de leur utilisation.

Les experts appellent ainsi non seulement au renforcement des dispositifs de sécurité intégrés aux modèles d’IA, mais aussi à l’adoption de règles internationales contraignantes imposant davantage de responsabilités aux développeurs et aux plateformes. À défaut d’un cadre réglementaire solide, le progrès technologique risque d’être de plus en plus exploité par des organisations criminelles et des groupes extrémistes.

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