Le Souverain Pontife appelle au désarmement de l’intelligence artificielle
Par Victor Tangermann .Publié le
2026/05/27 16:06
Mai. 27, 2026
Dans ce qui apparaît comme sa critique la plus sévère et la plus directe contre l’obsession effrénée du secteur technologique pour l’intelligence artificielle, le pape Leo XIV a lancé un appel urgent à « désarmer » cette technologie et à freiner son expansion, avertissant du danger qu’elle devienne un instrument d’une nouvelle forme d’esclavage numérique et d’atteinte à la dignité humaine.
Cette position ferme a été exprimée dans sa première encyclique — une lettre pastorale de la plus haute importance doctrinale — adressée aux évêques de l’Église catholique dans le monde entier sous le titre Magnifica Humanitas (« Magnifique Humanité »). Dans un communiqué accompagnant le texte, le Pontife a reconnu la dureté des termes employés :
« Je sais que le mot est fort, mais il a été choisi délibérément, car ce moment historique exige des paroles capables de capter l’attention. »
La machine ne possède aucune conscience
Dans son document, le pape a directement attaqué les affirmations de certains dirigeants technologiques selon lesquelles l’intelligence artificielle pourrait un jour acquérir une conscience ou une perception autonome.
Le Pontife a décrit l’IA comme un outil qui ne fait qu’imiter certaines fonctions de l’intelligence humaine, tout en étant dépourvu d’expérience existentielle authentique. L’encyclique affirme notamment :
« Les prétendues intelligences artificielles ne vivent pas d’expériences, ne possèdent pas de corps, ne ressentent ni joie ni douleur, ne mûrissent pas à travers les relations humaines et ne connaissent pas de l’intérieur le véritable sens de l’amour, du travail, de l’amitié ou de la responsabilité. »
Esclavage numérique et guerres algorithmiques
Les critiques du Vatican ne se sont pas limitées à la dimension philosophique, mais se sont également étendues à des enjeux humains, sociaux et environnementaux particulièrement sensibles.
Le pape a mis en garde contre l’exploitation des travailleurs chargés d’annoter les données et de modérer les contenus sur les plateformes numériques. Il a décrit ces environnements comme des systèmes de travail laissant « des blessures physiques et psychologiques » aux employés afin d’assurer la continuité ininterrompue du flux informatique.
L’automatisation de la guerre
Le Pontife a fermement condamné l’usage militaire de l’intelligence artificielle, déclarant avec force :
« Aucun algorithme ne peut rendre la guerre moralement acceptable. »
Le texte papal a également alerté sur la consommation massive d’énergie et d’eau des centres de données, soulignant qu’elle contribue fortement à l’augmentation des émissions de carbone. Il a ainsi appelé au développement de solutions technologiques durables capables de réduire l’impact environnemental.
Un écho à la Révolution industrielle
La position de Leo XIV rappelle l’héritage de son prédécesseur Leo XIII, qui dirigea l’Église durant la Révolution industrielle du XIXe siècle, une période marquée par l’essor technologique rapide et l’exploitation intensive des travailleurs.
Le Pontife actuel a volontairement associé son nom à cet héritage historique dès le début de son pontificat, affirmant vouloir défendre la justice sociale et les droits des travailleurs humains face aux bouleversements technologiques contemporains.
Ces dernières semaines, le pape avait également exhorté les prêtres à cesser d’utiliser ChatGPT pour rédiger leurs homélies.
Réactions politiques et technologiques
Les déclarations du Vatican ont suscité des réactions contrastées dans les milieux politiques et technologiques.
L’ancien secrétaire américain à l’Intérieur, Doug Burgum, a accusé le pape de pratiquer un « éditorialisme technologique » lors d’une interview accordée à Fox Business.
À l’inverse, certaines entreprises pionnières du secteur ont adopté une attitude plus ouverte. Parmi elles, Anthropic — développeuse du modèle Claude — s’est montrée favorable au dialogue. Son cofondateur, Chris Olah, a plaidé pour l’ouverture de canaux de coopération entre les créateurs de ces technologies et ceux disposant d’un regard extérieur capable d’évaluer leurs véritables conséquences sur l’humanité.
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