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L’excuse algorithmique : quand l’IA dévalue le repentir devant la justice


Par Frank Landymore .Publié le 2026/02/23 06:47
L’excuse algorithmique : quand l’IA dévalue le repentir devant la justice
Février. 23, 2026
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La sincérité est la pierre angulaire de tout pardon ; elle suppose un effort, une mise à nu. Pourtant, en Nouvelle-Zélande, une prévenue a tenté de déléguer cette épreuve morale à une machine, plaçant la justice face à un dilemme inédit : que vaut un remords généré par un algorithme ?

Un juge néozélandais s'est vu contraint d'évaluer la probité d'une lettre d'excuses dont la structure et le ton ne laissaient place à aucun doute : le texte émanait d'une intelligence artificielle. Une énième illustration des dérives d’une technologie qui, à force de faciliter la forme, finit par vider le fond de sa substance.

Des faits graves et un repentir "clés en main"

Le dossier était pourtant lourd. La défenseure avait plaidé coupable d'incendie criminel après avoir réduit une habitation en cendres. À cela s'ajoutait l'agression d'un officier de police qu'elle avait mordu lors de sa garde à vue, avant de s'enorgueillir de sa séropositivité (AIDS) devant lui, selon les informations rapportées par The New Zealand Herald.

Au moment du verdict, le juge Tom Gilbert, du tribunal de district de Christchurch, a confronté la prévenue au sujet des lettres de contrition adressées à la cour et aux victimes.

L’expérience du magistrat : l'IA face à elle-même

Selon la retranscription consultée par The New York Times, le juge Gilbert a fait preuve d'une perspicacité redoutable :

    La question du remords est intéressante. Par curiosité, j'ai soumis à deux outils d'IA la requête suivante : rédigez-moi une lettre destinée à un juge pour exprimer mes regrets après mes infractions.

Le constat fut sans appel : Il est devenu immédiatement évident que les deux lettres présentées étaient générées par IA, malgré quelques ajustements marginaux, a précisé le magistrat.

Si le juge a tenu à souligner qu'il n'était pas opposé à l'usage de la technologie en soi, il a rappelé que le remords est une composante humaine essentielle pour une réduction de peine. Lorsqu’il s’agit d’évaluer la sincérité d’un individu, produire une lettre générée par ordinateur ne mène absolument nulle part en ce qui me concerne, a-t-il tranché.

Une clémence revue à la baisse

En conséquence, la réduction de peine initialement espérée à 10 % par la défense a été ramenée à 5 %. La sentence est tombée : 27 mois de prison ferme. Je ne considère pas que ce cas justifie une remise de 10 % ; en réalité, 5 % peut déjà être perçu comme raisonnablement généreux, a conclu Gilbert.

L’IA au tribunal : une source croissante de controverses

Le rôle de l'IA dans les prétoires continue d'être une source d'erreurs et de polémiques. Des avocats ont déjà été réprimandés par des juges après avoir été pris en flagrant délit d'utilisation d'outils d'IA ayant généré des passages hallucinés dans des documents officiels، incluant des citations erronées et une jurisprudence totalement imaginaire. Ces incidents ont provoqué de véritables mini-crises au sein de plusieurs cabinets d'avocats.

Ce n'est d'ailleurs pas la première bévue judiciaire liée à des excuses rédigées par IA. En octobre dernier، après avoir été pris de court pour l'utilisation d'une IA "hallucinatoire" dans ses conclusions، un avocat de la défense avait soumis un mémoire pour expliquer son usage de la technologie... mémoire lui-même écrit par une IA. Un fait qu'il avait d'abord nié avant de présenter ses excuses et de revenir sur ses aveux. S'il y a une leçon à retenir ici، c'est que les juges sont désormais aguerris face à la prolifération de ces technologies de la paresse.

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