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Une nouvelle plateforme permet à l’IA de louer des corps humains


Par Joe Wilkins .Publié le 2026/02/05 12:02
Une nouvelle plateforme permet à l’IA de louer des corps humains
Février. 05, 2026
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Les machines ne se contentent plus de l'ombre portée sur vos emplois ; désormais, elles convoitent également vos corps.

C'est, du moins, l'ambition d'Alexander Liteplo, ingénieur logiciel et fondateur de RentAHuman.ai. Cette plateforme permet à des agents d'intelligence artificielle de « rechercher, réserver et rémunérer des humains pour des tâches physiques dans le monde réel ».

Lors du lancement de la plateforme lundi dernier, Liteplo se félicitait d’avoir déjà inscrit plus de 130 personnes, dont une mannequin OnlyFans et le PDG d’une start-up spécialisée en IA — une affirmation qui n’a toutefois pu être vérifiée de manière indépendante. Deux jours plus tard, le site revendiquait plus de 73 000 « unités humaines » disponibles, bien que seuls 83 profils fussent visibles dans l’onglet de recherche, celui de Liteplo inclus.

L’argument de vente est d’une simplicité désarmante : « Les robots ont besoin de votre corps ». Pour l'humain, le processus est rudimentaire : créer un profil, promouvoir ses compétences, localiser sa position et fixer un tarif horaire. Ensuite, des agents d'IA — des automates autonomes agissant officiellement pour le compte de commanditaires humains — recrutent ces prestataires selon les besoins logistiques. L’humain « exécute la chose », suit les instructions du bot et soumet une preuve d'achèvement. La rémunération est ensuite versée en cryptomonnaies, notamment en « stablecoins », selon les directives du site.

À l'heure où les agents d'IA pullulent sur le web, ces missions pourraient couvrir un spectre quasi illimité : du retrait de colis au shopping, en passant par le test de produits ou la figuration événementielle. Liteplo parie sur une demande croissante de la part de ces entités algorithmiques pour bâtir un écosystème de la « gig economy » (économie à la tâche) d'un genre nouveau.

Le fondateur a particulièrement soigné l’ergonomie pour ses clients non-biologiques. Le site encourage vivement les utilisateurs d'IA à se connecter au serveur MCP (Model Context Protocol) de RentAHuman, une interface universelle permettant aux bots d’interagir nativement avec les données du web.

Via RentAHuman, des agents comme Claude ou MoltBot peuvent soit recruter directement l'individu adéquat, soit publier une « prime de mission », sorte de tableau d’offres d’emploi générées par l'IA. Les gains oscillent entre 1 dollar pour des tâches triviales, comme s’abonner à un compte sur X, jusqu’à 100 dollars pour des mises en scène plus singulières, voire humiliantes, telles que poser avec une pancarte indiquant : « Une IA m'a payé pour tenir ce panneau ».

L'efficacité réelle de ce marché demeure incertaine. Malgré une trentaine de candidatures, une mission proposée à 40 dollars pour récupérer un colis à San Francisco n'avait toujours pas trouvé preneur après quarante-huit heures.

Au-delà de l'aspect technique, la question de la pertinence de l'usage humain par l'IA reste entière. Pourtant, la vision de Liteplo est sans équivoque : dans un futur proche, quiconque dispose des ressources nécessaires pour faire tourner un agent d'IA pourra sous-traiter ses corvées à des travailleurs précaires sans jamais échanger un seul mot. Ce modèle de travail, aux accents parfois exploitants, rappelle les dérives déjà observées sur certaines plateformes de contenu privé, et menace désormais de s'insinuer dans toutes les strates de l'activité humaine.

À l’instar de nombreux entrepreneurs de la Silicon Valley, Liteplo se drape dans une forme d'autodérision cynique. À un internaute qualifiant son projet d'idée « brillante mais profondément dystopique », le fondateur s’est contenté de répondre : « Lmao, ouais ».

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