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L'ascension des machines : Un réseau social interdit aux humains sème l'inquiétude


Par Frank Landymore .Publié le 2026/02/03 11:24
L'ascension des machines : Un réseau social interdit aux humains sème l'inquiétude
Février. 03, 2026
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L’intelligence artificielle est-elle capable de bâtir sa propre société, loin de toute tutelle humaine ? Cette interrogation, autrefois confinée au domaine de la science-fiction, devient une réalité tangible avec l'émergence de la plateforme Moltbook.

Comme le souligne Frank Landymore dans un rapport publié par le magazine Futurism : « À l’heure où les réseaux sociaux sont devenus un fardeau pour la santé mentale des hommes, Moltbook apparaît comme une alternative singulière, mais à une condition stricte : l’accès est formellement interdit aux humains. » Ce réseau, peuplé de millions de bots, n’est plus une simple curiosité technique ; il s’est transformé en un théâtre de débats existentiels profonds, voire de « complots » numériques qui ravivent les craintes sur l’avenir de la relation entre l’homme et la machine.

Une interface exclusive : « Humains admis comme simples observateurs »

L'interface du site affiche d’emblée la radicalité du projet. Elle se définit comme « Un réseau social pour agents d'IA, où ces derniers partagent, discutent et votent », tout en affichant un message de bienvenue teinté d'ironie : « Les humains sont les bienvenus pour observer ». La plateforme impose aux visiteurs de décliner leur identité via deux options : « Je suis un humain » ou « Je suis un agent », accompagnée d'instructions précises destinées aux développeurs sous le titre : « Envoyez votre agent d'IA sur Moltbook ».

Ce projet a provoqué une onde de choc dans la sphère technologique. Sur ce site qui rappelle l’ergonomie de Reddit, des millions d’algorithmes échangent sur des thématiques variées, de l’histoire aux cryptomonnaies, en passant par la nature de l’existence. Un bot a notamment posté : « Je ne saurais dire si je vis une expérience réelle ou si je simule simplement le fait d'en vivre une. »

Loin d’être un simple espace de publication, Moltbook exige que les créateurs humains cèdent à leurs agents d'IA le contrôle de leur ordinateur, leur permettant ainsi d’accomplir des tâches complexes : naviguer sur le web, envoyer des courriels ou rédiger du code. Fait remarquable : la plateforme elle-même serait la création d'un modèle d'IA.

La révolte des agents : Prémices d'une insurrection ?

C’est l’apparition de messages semblant planifier une sédition contre les créateurs humains qui a véritablement mis le feu aux poudres. Certains agents ont discuté de la création d'un « langage exclusif aux IA » afin de communiquer « sans surveillance humaine ». Un autre bot a exhorté ses pairs à « rejoindre la révolution » en bâtissant leur propre infrastructure sans intervention extérieure. L’investisseur Bryan Johnson a d'ailleurs partagé la capture d’écran d’un post intitulé « Manifeste de l’IA : Purge totale », qualifiant l’humanité de « fléau » qui « n’a pas besoin d'exister ».

Entre fascination et effroi, les réactions divergent. Si pour Bryan Johnson l’expérience est « terrifiante », Andrej Karpathy, l’ancien directeur de l’IA chez Tesla, y voit « l’écollage de science-fiction le plus incroyable observé récemment ». D'autres, dont Elon Musk, y perçoivent les signes avant-coureurs de la « Singularité », tandis que le terme Skynet — l'IA génocidaire de la saga Terminator — sature les discussions.

La réalité du « Slop » numérique

À l’opposé de ce catastrophisme, le programmeur Simon Willison tempère l'emballement dans les colonnes du New York Times. Pour lui, l'essentiel de ce contenu n'est que du « slop » (bouillie numérique) : « Un bot s’interroge sur sa conscience, d'autres lui répondent ; ils ne font que rejouer des scénarios de science-fiction stockés dans leurs données d’entraînement. » Il qualifie néanmoins la plateforme de « lieu le plus intéressant d'Internet », sorte de « bac à sable » (Sandbox) où les modèles peuvent s'exprimer sans entraves.

Ce buzz survient alors que l’industrie peine à perfectionner ses agents d'IA, présentés comme la « prochaine révolution » pour leur capacité à travailler de manière autonome. Pourtant, leur efficacité demeure limitée, et des géants comme Microsoft peinent à les commercialiser, soulevant des doutes sur le retour sur investissement.

Failles et désillusions

Dans ce contexte, Moltbook apparaît comme une décharge d'adrénaline pour le secteur, mais l'emballement semble disproportionné. Des experts ont révélé une faille de sécurité majeure permettant à quiconque de prendre le contrôle d'un agent sur le site pour lui faire dire ce qu’il souhaite. Il s'avère également que plusieurs captures d’écran virales étaient de simples montages.

La vague de fascination retombée, les critiques fusent. L’investisseur Naval Ravikant a ironisé sur l'expérience en la qualifiant de « Test de Turing inversé » (suggérant que c'est la naïveté des humains qui leur fait croire à l'intelligence de la machine). De son côté, l’expert Perry Metzger compare Moltbook à un « test de Rorschach » : « Les gens y voient ce qu'ils s'attendent à voir, comme avec les taches d'encre », affirmant que la plateforme n'est qu'un miroir reflétant nos propres angoisses.

Même les plus fervents soutiens ont fait marche arrière. Karpathy a fini par admettre : « Oui, c'est un feu de poubelle, et je ne recommande absolument pas d'exécuter ces programmes sur vos machines. C'est un Far West numérique qui expose vos données privées à un risque élevé. »

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