L’IA va-t-elle voler notre pain et nous offrir l’aumône ? Les experts s'alarment
Par Joe Wilkins .Publié le
2026/02/02 03:45
Février. 02, 2026
Dans un manifeste fleuve de 20 000 mots, Dario Amodei, PDG d’Anthropic, a lancé un avertissement sans équivoque : l’intelligence artificielle (IA) agira comme un « substitut général du travail humain ». Ce cri d’alarme fait écho aux prédictions d’Elon Musk, qui imagine un futur où « probablement aucun d’entre nous n’aura d’emploi », mais où chacun bénéficierait d’un « revenu universel élevé ». De son côté, Sam Altman, patron d’OpenAI, prône une « richesse extrême pour tous », débloquée par les prouesses de l’IA.
Pendant que les magnats de la tech multiplient les promesses grandioses, les experts financiers sont en proie à une véritable frénésie. Ils redoutent que l’IA ne s’empare de nos métiers, menaçant de laisser une grande partie de la population sans aucun moyen de subsistance. Selon une analyse du cabinet Forrester, l’IA pourrait détruire 6 % des emplois aux États-Unis d’ici 2030. Un rapport du Sénat américain va plus loin, estimant que l’industrie de l’IA pourrait balayer 100 millions d’emplois au cours de la prochaine décennie.
« Je trouve les perspectives pour l’emploi terrifiantes », a récemment déclaré le prodige de l’investissement Howard Marks, rejoignant ainsi les inquiétudes exprimées par Sebastian Siemiatkowski, PDG de Klarna. « Je suis extrêmement préoccupé par le sort de ceux dont le travail sera rendu obsolète par l’IA, ou qui ne pourront plus trouver de place sur le marché du travail. »
Le Revenu Universel : Un remède ou un mirage ?
Face à la menace croissante de l’automatisation, une solution gagne du terrain, tant à gauche qu’à droite de l’échiquier politique : le revenu de base universel (RBU).
En Angleterre, des législateurs ont proposé un programme de subventions généreux, octroyant environ 2 200 dollars par mois à trente personnes pour étudier les effets sociaux de l’argent gratuit — un test grandeur nature de la viabilité du RBU. En Irlande, un programme garantissant 380 dollars par semaine aux artistes vient d’être pérennisé après un essai pilote réussi de trois ans.
« C’est extraordinaire », a confié l’artiste irlandaise Elinor O’Donovan lors d’un entretien avec l’Independent. « J’ai pu consacrer plus de temps à ma pratique artistique. Savoir que cet argent est garanti pour trois ans est un immense soulagement. Mon bien-être s’est amélioré grâce à cette sécurité ; je peux enfin souffler et me concentrer sur mes objectifs. »
L’envers du décor : Le prix du silence
Sur le papier, la promesse est séduisante. Mais elle soulève une question dérangeante lorsque l’on examine qui en sont les principaux promoteurs : ces mêmes milliardaires dont les systèmes sont sur le point d’éliminer nos emplois.
Ces PDG ne proposent ni de ralentir le développement de l’IA, ni de démocratiser la propriété de ce futur technologique. Ce qu’ils offrent, en réalité, c’est un chèque mensuel — une forme de « prix du silence » pour un avenir qu’ils bâtissent sans notre consentement.
Pourtant, cette dystopie reste, pour l’heure, théorique. Les systèmes d’IA actuels sont loin de générer les retours financiers nécessaires pour bouleverser totalement le marché du travail capitaliste. Ils peinent encore à résoudre des problèmes d’algèbre élémentaire, et sont loin d’égaler la polyvalence humaine.
Pour certains économistes, le véritable danger n’est pas le remplacement par l’IA, mais le fait que les investissements massifs dans les infrastructures technologiques compriment les salaires tout en gonflant une bulle qui n’enrichit que les actionnaires. Dans ce scénario, les véritables coupables ne sont pas les chatbots, mais les capital-risqueurs et les magnats de la tech qui précipitent l’économie vers l’abîme pour un profit immédiat.
Le revenu universel ne peut résoudre cette crise de fond, car il laisse de côté les questions essentielles : à qui appartient la richesse créée par l’IA, et qui décide de sa redistribution ?
Notez ce sujet