IA : Vers une ère d’abondance où le travail devient optionnel ?
Par Victor Tangermann .Publié le
2026/01/30 17:28
Janvier. 30, 2026
OpenAI parie gros sur un avenir façonné par l’intelligence artificielle. L’entreprise s’engage dans des investissements colossaux, dépassant les 1 000 milliards de dollars pour le déploiement de centres de données titanesques. Ce pari audacieux intervient malgré des fondamentaux économiques fragiles, alimentant les craintes d’une zone de turbulences imminente.
Lors d’une conférence diffusée ce lundi, Sam Altman, PDG d’OpenAI, a admis une certaine volonté de temporiser. Face à des pertes trimestrielles se chiffrant en milliards de dollars, l’entreprise prévoit de ralentir drastiquement ses recrutements.
Pourtant, Altman reste fidèle à son optimisme habituel quant à l’impact global de sa technologie. Interrogé sur la capacité de l’IA à réduire les fractures économiques historiques, il a soutenu que cette révolution sera « massivement déflationniste ».
Un changement de paradigme économique
« Au regard des progrès accomplis dans les tâches informatiques, mais aussi de l’évolution imminente de la robotique, nous allons faire face à une pression déflationniste majeure », a prédit le dirigeant.
Selon cette vision, l’IA entraînerait une chute radicale des coûts de production. L’individu s’en trouverait ainsi « autonomisé » face à une monnaie dont la valeur augmenterait — un scénario qui prendrait à contre-pied l’histoire économique moderne, quasi exclusivement marquée par l’inflation. Pour Altman, cette métamorphose repose sur une explosion de la productivité individuelle : d'ici la fin de l’année, une dépense de 1 000 dollars en puissance de calcul pourrait permettre à une seule personne d'accomplir des tâches logicielles autrefois dévolues à toute une équipe.
Entre utopie technologique et réalité sociale
Cette promesse d’une « ère d’abondance », où le coût de la vie s'effondrerait au point de rendre le travail facultatif, est un argument récurrent chez les barons de la Silicon Valley, d’Elon Musk (xAI) à Dario Amodei (Anthropic), pour nourrir le cycle de l'engouement médiatique.
Cependant, la réalité économique actuelle semble bien loin de ce mirage. Pour l'heure, l’IA est loin de générer les gains d’efficacité nécessaires pour contrer l’inflation. Preuve en est : la Réserve fédérale américaine a maintenu ses taux directeurs inchangés, s'inquiétant d'une inflation toujours « élevée ».
De plus, l’IA est plus souvent associée à des vagues de licenciements qu'à une prospérité partagée. Le chômage de longue durée a atteint des sommets, tandis que le coût de la vie continue de grimper dans les métropoles mondiales. Par ailleurs, des études récentes suggèrent que l’IA peine encore à doper la productivité réelle, et certains employés la jugent même superflue dans leur quotidien professionnel.
Le défi politique de l’abondance
Pour les détracteurs d'OpenAI, les promesses d'Altman — qui affirme que l'IA pourrait guérir le cancer ou résoudre la crise climatique — masquent une fragilité structurelle de l'entreprise.
Altman lui-même nuance son propos en soulignant que cette redistribution des richesses dépendra de la gouvernance : « Tant que nous ne commettons pas d’erreurs majeures dans les politiques publiques, ce qui reste une possibilité », a-t-il averti. Le pari est lancé, mais le fossé entre les prophéties technologiques et le quotidien des citoyens reste, pour l'instant, immense.
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