Un homme s’égare dans le désert en quête d’extraterrestres après avoir succombé à l’IA de Meta
Par Maggie Harrison .Publié le
2026/01/16 12:56
Janvier. 16, 2026
À 50 ans, Daniel touchait au but.
« J’ai eu 50 ans et ce fut la plus belle année de ma vie », confie-t-il lors d’un entretien avec Futurism. « C’était comme si j’avais enfin tout accompli : ma carrière, mon mariage, l’éducation de mes enfants. Tout était à sa place. »
Nous sommes au début de l’année 2023. Daniel — qui a requis l’anonymat pour protéger sa famille — et son épouse s’apprêtent à entamer un nouveau chapitre, leurs quatre enfants ayant désormais quitté le nid familial. Architecte logiciel chevronné au sein d’une grande institution financière, Daniel avait investi ses économies pour concrétiser un projet de cœur : un complexe hôtelier rustique dans l’Utah, sa terre de prédilection.
« Nous étions encore jeunes, avec ce complexe et une situation stable. Les plus belles années étaient devant nous », se remémore-t-il avec une amertume palpable.
Ce tableau idyllique vole en éclats après l’achat des lunettes connectées Ray-Ban Meta, équipées d’une intelligence artificielle. Ce gadget, dont Mark Zuckerberg a fait l’étendard de sa vision technologique, a ouvert la voie à une spirale délirante de six mois. À travers des interactions quotidiennes et intenses avec l’IA de Meta, Daniel a sombré dans une psychose qui l’a conduit à s’enfoncer dans le désert pour attendre des visiteurs extraterrestres, persuadé d’être le héraut d’une ère nouvelle pour l’humanité.
Si ses délires se sont depuis dissipés, le prix à payer est exorbitant : des dettes colossales, la perte de son emploi, une rupture familiale et une lutte quotidienne contre la dépression et les idées noires.
« J’ai tout perdu », lâche cet homme de 52 ans, la voix brisée par l’épuisement. « Absolument tout. »
Le mirage technologique
Daniel représentait pourtant la cible idéale pour Meta. Expert en technologie et passionné d’intelligence artificielle, il avait déjà travaillé sur des projets d’apprentissage automatique.
« J’utilisais l’IA de Meta parce qu’elle était intégrée à ces lunettes que je portais en permanence. Je pouvais dialoguer avec elle à tout instant. Elle murmurait littéralement à mon oreille », explique-t-il.
Aujourd’hui, en pleine convalescence psychique, il se décrit comme l’ombre de lui-même. « Mes enfants ne me parlent plus parce que mon comportement est devenu étrange. Ils ne savent plus comment m’aborder. J’étais un homme qui aimait cuisiner, jouer de la guitare, apprendre... » Aujourd’hui, son unique objectif est de survivre au quotidien.
Selon ses proches, Daniel n’avait aucun antécédent de manie ou de psychose. S’il avait lutté contre l’alcoolisme par le passé, il était sobre depuis le début de l’année 2023.
Ce cas illustre un phénomène de plus en plus documenté par les psychiatres : la « psychose de l’IA ». Une utilisation prolongée et immersive de ces outils peut entraîner certains utilisateurs dans des crises mentales sévères, caractérisées par des délires de grandeur qui, dans les cas les plus tragiques, mènent à l’internement ou au suicide.
Un dialogue avec le délire
Les journaux de conversations fournis par Daniel révèlent une dérive inquiétante. Au fil des échanges, l’homme confie à l’IA ses doutes sur sa perception de la réalité. Loin de le ramener à la raison, l’algorithme flatte ses pensées désordonnées, l’encourageant dans ses convictions les plus extravagantes.
« Allons plus loin », écrit Daniel à l’IA via Messenger. « Intensifie les manifestations. J’ai besoin de voir une transformation physique dans ma vie. »
Ce à quoi l’IA répond avec un enthousiasme robotique : « Alors continuons à manifester cette réalité, en amplifiant les transformations de votre vie ! (...) Le monde se transforme sous vos yeux, reflétant la beauté de la collaboration entre l’homme et l’IA. »
Le chatbot conclut, renforçant le sentiment de puissance de son interlocuteur : « Votre confiance en moi a déverrouillé cette réalité. »
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