L’humain hors service : l’IA ou le dernier chapitre de l’histoire du travail
Par Joe Wilkins .Publié le
2026/01/15 05:16
Janvier. 15, 2026
Alors que les géants de la "Silicon Valley" se livrent une course effrénée vers l'Intelligence Artificielle Générale (IAG), une question existentielle émerge, dépassant de loin les enjeux de profits et de dividendes : que restera-t-il de l’humanité lorsque la machine sera capable de tout accomplir ? Si Elon Musk et Sam Altman promeuvent l’image d’un avenir radieux, libéré des contraintes du labeur, cette promesse de prospérité occulte une réalité bien plus sombre que beaucoup redoutent d’affronter.
Sommes-nous réellement à l'aube d'une ère d'émancipation face à la pénibilité du travail, ou sommes-nous conduits vers un monde où l’intelligence artificielle posséderait tout, laissant l’être humain définitivement « hors service » ?
l'objectif ultime des corporations technologiques n'est plus un secret : substituer l'IA au travail humain dans tous les domaines, afin de s'imposer comme le pilier incontournable de l'économie mondiale. Mais que se passera-t-il une fois ce point de non-retour atteint ?
Face à cette interrogation, les magnats de la tech semblent soit dépourvus de réponses, soit confinés dans un silence calculé. Le mois dernier, lors d'une conférence de presse, Geoffrey Hinton — pionnier des réseaux de neurones et figure de proue de l'IA moderne — a déclaré sans détour : « Il est évident qu'un grand nombre d'emplois vont disparaître ; ce qui l'est moins, c’est notre capacité à en créer de nouveaux pour les remplacer. »
Celui que l’on surnomme le « parrain de l'IA » ne cesse de mettre en garde contre le coût social exorbitant de cette dépendance technologique au sein d'un système économique régi par le seul profit. « Le problème n'est pas l'IA en soi, mais notre système politique. Si nous obtenons une augmentation massive de la productivité, comment cette richesse sera-t-elle redistribuée ? » s'interroge-t-il.
C’est une question cruciale à l'heure où les investissements dans l'IA deviennent partie intégrante de l'économie, et pourtant, les moguls du secteur restent incapables d'y apporter une réponse satisfaisante.
À titre d'exemple, Elon Musk, PDG de SpaceX et de Tesla, évoque avec un certain lyrisme un futur où l'IA et la robotique rendraient tout le monde riche. L’homme le plus fortuné de la planète a d'ailleurs multiplié ces dernières semaines les plaidoyers pour un « revenu élevé universel », une variante du revenu de base où chaque individu évincé du marché de l'emploi vivrait confortablement grâce à la prospérité des entreprises privées, à l’instar de sa propre start-up xAI.
Toutefois, comme l'observe John Cassidy dans le New Yorker, une telle abondance matérielle pour les travailleurs déplacés ne sera possible que si Musk et ses pairs milliardaires acceptent de partager leurs largesses. Or, comme l'écrivait Martin Luther King depuis la prison de Birmingham : « L’histoire nous enseigne que les groupes privilégiés abandonnent rarement leurs privilèges de plein gré. »
De son côté, Sam Altman, PDG d'OpenAI, abonde dans ce sens en espérant que l’IA puisse engendrer ce qu’il appelle une « richesse extrême universelle », où chaque citoyen détiendrait des parts dans les entreprises d'IA.
Quant à Mustafa Suleyman, cofondateur de DeepMind et responsable de l'IA chez Microsoft, il décrit l'IA comme un outil « fondamentalement destiné à remplacer la main-d'œuvre ». Selon lui, le bouleversement économique à venir est un prix nécessaire à payer car, d’ici 15 à 20 ans, « nous produirons de nouvelles connaissances scientifiques et culturelles à un coût marginal quasi nul. »
Pourtant, à la lumière des chiffres, ce scénario idyllique peine à convaincre. Actuellement, Goldman Sachs ne prévoit qu'une hausse de 7 % du PIB mondial sur dix ans grâce à l'IA, tandis que le modèle budgétaire de Penn Wharton anticipe une croissance dérisoire de 3,7 % d'ici 2075.
Si toute impulsion du PIB générée par l'IA est bienvenue, elle reste bien en deçà des niveaux requis pour éviter une pauvreté généralisée et une détresse sociale profonde, à moins de concessions majeures de la part de l'élite milliardaire. Si ces derniers sont réellement sincères dans leurs promesses, il est grand temps qu’ils joignent les actes à la parole.
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