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L’abdication de la volonté : quand le jeu joue à votre place


Par Victor Tangermann .Publié le 2026/01/10 17:55
L’abdication de la volonté : quand le jeu joue à votre place
Janvier. 10, 2026
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En plein cœur d'une bulle médiatique effrénée autour de l'intelligence artificielle, les entreprises multiplient les promesses. Leurs agents intelligents devraient, à terme, tout gérer à notre place : de la corvée des courses à la réservation de nos vacances. Désormais, l'IA s'attaque à un nouveau bastion : le jeu vidéo.

Que ferons-nous de tout ce temps libre supplémentaire censé nous être offert par la technologie ? Le passerons-nous à jouer réellement, ou laisserons-nous l'IA s'emparer de l'expérience, nous réduisant au rôle d'observateurs passifs, dans un scénario qui rappelle étrangement les prophéties dystopiques du film WALL-E ?

Cela pourrait prêter à sourire, et pourtant, le géant japonais Sony explore très sérieusement cette piste : permettre à une IA de naviguer dans les jeux PlayStation au nom du joueur. Selon un brevet déposé en septembre 2024 et révélé par Video Games Chronicle, la firme envisage de créer un Ghost Player (joueur fantôme). Ce dernier prendrait le contrôle du personnage pour débloquer une situation complexe à laquelle l'humain ferait face.

D'après le document, les joueurs auraient le choix entre un Guide Mode, où l'IA démontre la marche à suivre, ou un Complete Mode, où elle prendrait les commandes de manière autonome pour accomplir la mission de bout en bout.

C'est un exemple frappant de la manière dont les entreprises tentent d'utiliser l'IA pour évincer, en substance, l'agence humaine sous prétexte de nous faciliter la vie. Certes, les joueurs consultent des guides depuis des décennies, mais ils le font généralement après s'être confrontés à la difficulté, tirant ainsi un apprentissage de leurs échecs.

Techniquement, les options d'accessibilité ne sont pas une nouveauté. De nombreux titres modernes permettent d'ajuster la difficulté à la volée ou de passer certaines séquences trop ardues. La PlayStation 5 dispose d'ailleurs déjà du système Game Help, offrant des indices contextuels.

Cependant, l'introduction de l'IA franchit un nouveau palier qui captive l'industrie. L'an dernier, Microsoft a dévoilé Copilot for Gaming pour Xbox, un assistant capable de coacher les joueurs. Mais cette fonctionnalité, basée sur les grands modèles de langage, reste limitée à des interactions vocales et textuelles.

À plus grande échelle, l'usage de l'IA dans le jeu vidéo demeure extrêmement controversé. De nombreux joueurs ont réagi avec hostilité à l'utilisation de l'IA pour des tâches créatives, comme la génération d'atouts promotionnels ou de voix de personnages. Malgré cette résistance, des leaders comme Tim Sweeney, PDG d'Epic Games, ont promis d'intégrer l'IA dans « presque toutes les étapes de production futures ».

Reste à savoir si les studios iront jusqu'à imposer des agents jouant intégralement à la place des humains. Mais au vu du brevet de Sony, la réflexion est déjà bien mûre.

Le scepticisme domine chez les joueurs face à cette intrusion technologique, d'autant que le flou persiste sur les intentions réelles des studios. Dans un billet pour The Gamer, le journaliste Mike Drucker prédit que 2026 sera « l'année où l'IA dans le jeu vidéo deviendra absolument insupportable ».

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