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Les marchés de prédiction : ce nouveau mirage qui pousse la jeunesse vers l’abîme du jeu


Par Frank Landymore .Publié le 2026/02/17 07:03
Les marchés de prédiction : ce nouveau mirage qui pousse la jeunesse vers l’abîme du jeu
Février. 17, 2026
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Le jeu d'argent a fini par coloniser l'espace public. Mais aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les paris sportifs qui vident les portefeuilles. Une nouvelle tendance, plus insidieuse, émerge : l'ascension fulgurante des « marchés de prédiction » tels que Polymarket ou Kalshi. Ces plateformes permettent de miser sur presque tout : de l'issue d'une élection présidentielle aux interventions militaires, en passant par les frasques des célébrités.

Un terrain fertile pour les délits d'initiés


La nature même de ces transactions ouvre la voie à des pratiques douteuses et au délit d'initié. Prenons l'exemple de ce pari sur Polymarket concernant le nombre de tweets d'Elon Musk sur une semaine donnée, totalisant près de 15 millions de dollars de mises. Qu’est-ce qui empêcherait Musk de souffler la réponse à un proche ? Rien, ou presque. C'est précisément cette vulnérabilité structurelle qui alimente déjà de nombreux scandales de manipulation.

La "gamification" du risque : une formule addictive

Plus inquiétant encore, ces marchés ont perfectionné une formule redoutablement addictive, ciblant particulièrement les jeunes parieurs inexpérimentés. L'argument de vente est simple : ici, on ne joue pas contre « la maison » (le casino), mais contre d'autres utilisateurs. Cette illusion de contrôle, couplée à une binarité simpliste — l'événement se produit ou non — masque la réalité du danger.

Le phénomène gagne en légitimité grâce à des partenariats avec des géants de l'information comme CNN, qui intègrent désormais ces données de prédiction dans leurs analyses en direct, brouillant ainsi la frontière entre information factuelle et spéculation ludique.

Investissement ou pure spéculation ?

Pour beaucoup de jeunes, la sémantique a changé. On ne parle plus de « pari », mais d'« investissement ». Yadin Eldar, un étudiant de 21 ans, confie ainsi au Guardian : « Je ne décrirais pas cela comme du jeu, mais plutôt comme un mélange entre pari et trading d'options. Ce n'est pas comme entrer dans un casino. »

Pourtant, les chiffres racontent une tout autre histoire. Une analyse récente révèle que les utilisateurs de ces plateformes perdent leur capital bien plus rapidement que dans les paris sportifs traditionnels.

Une génération sous influence

L’ampleur du phénomène est vertigineuse :

    Selon une étude de JAMA Internal Medicine, les recherches en ligne liées à l'addiction au jeu ont bondi de 23 % entre 2018 et 2023.

    Début 2025, près d'un quart des adultes américains se disaient dépendants aux paris, un chiffre qui grimpe à 37 % chez la Gen Z.

    Les jeunes générations sont désormais plus familières avec les noms de Polymarket ou Kalshi qu'avec les opérateurs de paris traditionnels.

Vers une normalisation inquiétante

Ce qui relevait autrefois de l’ombre ou de la marginalité est devenu « normal ». Des analystes financiers quittent leur emploi pour parier à plein temps, tandis que d'autres perdent des fortunes sur un simple événement. Comme le souligne Danny Funt, auteur de Everybody Loses : « L’appétit pour le pari sur les sujets les plus obscurs est devenu délirant. Nous avons atteint un nouveau palier dans la banalisation du jeu. »

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